S’il y a une catégorie de VTT sur laquelle tous les grands constructeurs ont jeté leur dévolu pour 2002, il s’agit bien de celle des VTT tout-suspendus, polyvalents, à mi-chemin entre le Free Ride et le Cross Country. Il n’existe pas de dénomination propre pour cette catégorie hybride. Certaines firmes la nomme « Enduro » , d’autres ont choisi les terme « Back Country » ou « Epic », ou encore le très explicite « All Mountain ». La mise au point de ce type de VTT peut se faire à partir d’une base XC, par une adaptation des freins et des suspensions. C’est le cas des Scott Strike CFX ou des Specialized Enduro FSR. La seconde possibilité consiste à faire évoluer une base FR en l’allégeant et en la rendant plus polyvalente. C’est l’option choisi par Kona pour ses Bears, par Giant pour ses AC ou encore par Rocky Mountain pour ses Slayer ou Edge. Le modèle que j’ai eu la chance de tester est le Specialized Enduro FSR.


Présentation et esthétique
Chez Specialized, la gamme Enduro se compose de 4 modèles différents : le Pro, l’Expert, le Comp et enfin l’Enduro « simple ». Le cadre et la géométrie générale est la même, seule la qualité des composants varie. J’avais à ma disposition le Comp qui se situe vers le milieu-bas de la gamme.
A mon avis le millésime 2002 de l’Enduro est du point de vue esthétique une totale réussite. Le cadre, savant assemblage de caissons et de tubes, est d’une grande beauté et parfaitement fini. L’allure générale très novatrice mais néanmoins très Specialized, ajouté à un design de couleurs parfaitement coordonnées donnent immédiatement envie de grimper sur ce spad. Je trouve que les ingénieurs et les designers de la firme américaine ont fait un remarquable travail d’équipe dont le fruit est un splendide vélo qui déclenchera à n’en point douter de nombreux coups de foudre parmi les VTTistes soucieux de look et d’apparence. Et je pense qu’on l’est tous plus ou moins, dans ce milieu-là.

Terrain roulant et longues ascensions
L’allure générale d’un VTT est souvent révélatrice de son comportement. Avant même d’avoir posé mon séant sur l’engin, j’avais le sentiment que les pistes roulantes et les longues ascensions au train n’étaient pas le terrain de prédilection de l’Enduro. L’essai a plus que confirmé cette intuition : l’Enduro est lourd à tirer, mal équilibré entre l’avant et l’arrière, pataud à emmener et peu réactif aux relances. J’ai eu beau mettre en oeuvre tous les subterfuges que ma courte carrière VTTistique m’a appris, pédalage lent et puissant sur le plateau intermédiaire, pédalage souple et régulier sur le petit plateau, positionné sur le bec de la selle ou bien calé en arrière pour donner de l’amplitude et de la force au pédalage, mon compagnon n’a rien fait pour me faciliter la tâche dans les longues ascensions. Certes très (trop) confortable, l’engin n’est pas fait pour taquiner les modèles rigides sur le terrain roulant, particulièrement en montée peu pentue. Un bref tronçon à plus forte déclivité a quand même mis en évidence un aspect positif de ce spad : son aptitude à rester coller au sol, sans tendance à lever la roue antérieure.

Terrain mixte à déclivité alternée
L’Enduro s’y est immédiatement senti plus à son aise. Une fois lancé, il y a démontré son aptitude à surmonter les obstacles avec stabilité et confort. Bien aidé par sa partie cycle, en particulier sa suspension arrière très moelleuse, le Specialized excelle dans les passages moyennement techniques lents ou rapides. A la montée il permet de garder son cap malgré les difficultés et dès que la vitesse augmente un peu, il rassure par sa stabilité générale et sa grande aisance à filtrer le terrain. Le seul bémol à inscrire dans ce tableau globalement positif est son manque de garde au sol : le pédalier de l’Enduro, comme celui des presque tous ses cousins FSR est en effet situé très bas. Cette particularité peut se révéler très pénalisante lors du franchissement de marches, particulièrement à la montée, si le pilote non-averti n’y prend pas garde.

Descentes lentes et techniques
En théorie, de par sa géométrie générale et sa position de pilotage offerte, l’Enduro devrait être parfaitement à la hauteur dans cet aspect de la pratique VTT. En pratique, le résultat est plus mitigé. Si effectivement la position de pilotage, très arrière, associée à un amortissement très confortable, est sécurisante, le travail de la fourche, une Marzo MXC 100 Air, n’est pas au diapason du reste du spad. Pourtant doté d’une partie cycle arrière très stable et d’une direction légère et précise, le modèle Comp souffre du piètre comportement de sa fourche. La Marzo est honnête au niveau amortissement, mais beaucoup trop vive au niveau rebond. Elle ne permet pas d’alterner les appuis du train avant vers le train arrière pour le franchissement des difficultés. Le moindre transfert de poids vers l’avant est aussitôt sanctionné par une réaction vive et difficile à contrôler. La tactique du tout à l’arrière s’avère la plus adaptée pour tirer le meilleur parti de l’Enduro Comp dans les descentes trialisantes et très techniques. Habitué à pouvoir m’appuyer sur le caractère docile et sécurisant de ma fidèle Psylo SL, j’ai été déstabilisé, c’est le cas de le dire, par le comportement rétif de cette Marzo. Comme en plus le toucher des puissants freins à disques Shimano n’est pas évident à gérer pour un pilote habitué aux Hayes, certains passages se sont révélés très chauds Il est à relever, que les modèles supérieurs, Pro et’Expert, disposent d’arguments plus percutants en matière de fourche. Il serait intéressant de revoir l’Enduro dans les mêmes conditions, mais doté de tels équipements.

Descentes rapides
Voilà le domaine, où l’Enduro m’a paru le plus à son affaire. Dès que la vitesse augmente la bonne qualité du train arrière et son grand débattement donnent à ce spad tout son potentiel. Les difficultés sont littéralement avalées et le paysage défile dans un grand sentiment de sécurité, pour autant que l’on ne sollicite pas trop le train avant. Les cailloux piégeux et les racines traîtres ne l’impressionnent pas pour autant que votre vitesse lui permette de les survoler. Bien secondé par ses freins Shimano très puissants le Specialized mord dans les tronçons rapides comme un affamé et vous incite rapidement à rouler au-delà de vos compétences techniques. En cas d’erreur de pilotage, attention au retour sur terre. La Marzo MXC et son mauvais caractère ne vous donneront pas facilement une seconde chance.

Bilan final
Si vous êtes un adepte des longues randos alpines où chaque mètre de descente est inévitablement précédé d’autant de mètres d’ascension, le Specialized Enduro n’est pas forcément le spad fait pour vous. A moins d’être doté d’un tempérament très obstiné, voire carrément maso, ce spad ne vous aidera pas à gravir les dénivelés à 4 chiffres. Par contre si vous avez une pratique plus orientée Free Ride, que vous avez parfois recours aux remontées mécaniques ou automobiles et que vous aimez vous jouer des obstacles en tout genre sans penser aux kilomètres d’effort qui vous sépare de votre point d’arrivée, l’Enduro devrait être un sympathique compagnon de jeu. Son terrain de prédilection est incontestablement le dénivelé négatif et les singles rapides ou techniques. Mais dans ce cas, choisissez le modèle Expert avec sa Manitou Black ou mieux encore le modèle Pro avec sa Psylo SL. Ces fourches permettront à l’ensemble du spad de fonctionner au meilleur niveau et en harmonie avec le reste de sa partie cycle très réussie.

Spécifications techniques
Cadre : A1 Aluminium monocoque
Cintre : SRC LowRise
Potence : Specialized 10 degrés
Fourche : Marzocchi MXC 100 Air, débattement 100 mm
Amortisseur : Fox Custom ITCH Switch, débattement de 100 à 135 mm réglable « on the fly »
Freins : disques Shimano M525 full-hydraulic, 150 mm, au standard Postmount
Dérailleur avant : Shimano LX
Déraileur arrière : Shimano XT
Cassettte : Shimano HG 50