Une fois encore repoussés vers les Bernoises par une nième incursion du foehn, c’est, une fois encore, sur Ovronnaz que notre choix s’est porté pour aller voir à quoi ressemble l’hiver, le vrai, celui avec de la neige (enfin) en abondance et du soleil pour en profiter. Dans notre viseur, la Pointe de Chemo et ses 2’626 mètres. Si la chaîne des Alpes est désormais bien regarnie en or blanc, le régime du sud persistant et la douceur l’accompagnant ne nous laissaient pas beaucoup d’espoir de trouver encore de la poudreuse sur un adret aussi exposé que le versant sud de Dame Chemo. Et, de fait, on s’y croirait déjà en avril, sur un revêtement verglacé, décroûté ou carrément humidifié, selon le moment de la journée où vous choisissez de le fréquenter.

Mais, comme beaucoup de pointes et de cimes, Dame Chemo, possède des charmes cachés. En l’occurrence, un somptueux versant oriental plongeant d’un trait jusqu’aux vastes pâturages de Chamosentze. Une fois l’étroit goulet rocheux du sommet franchi, ce phénoménal plan incliné recelait encore une telle épaisseur de neige fraîche, protégée des assauts du soleil par l’ombre bienfaitrice de Dame Comonau, la voisine de Dame Chemo, que nous n’en avons, d’abord, pas cru nos yeux avant d’en avoir le souffle, puis les jambes, carrément coupés.

Quel bon plan et quelle journée de rêve !

Et même si la semaine qui vient se révèle aussi anticyclonique et douce qu’annoncée, ce qui est pris n’est plus à prendre. Et par les hivers qui courent, voilà un dicton qui devient chaque jour plus judicieux.