Pour beaucoup de cyclotouristes romands, le tour du lac rime généralement avec baies, jet d'eau, villas cossues, beaux rivages, petites criques, points de vue, route des vins, campagne vaudoise et vignoble en terrasse, mais aussi, inévitablement, avec goudron, trafic, essence et effervescence. Or, il existe un autre tour du lac qui exalte les 4'000 et leurs neiges éternelles, les pistes de terre désertes, les singles courant à travers pâtures célestes, le calme, le silence, les éparpillements de petits lacs turquoises, les parterres de fleurs de montagne, l’odeur de terre et l’air vivifiant d’altitude.
Après l’invasion « beaufistique » occasionnée par le passage du « Tour » dans la région il y a une semaine, nous avons à nouveau dû cohabiter avec une course de vélos, plus régionale celle-là, Martigny-Mauvoisin, sur la première partie de notre sortie dominicale. Itinéraire connu et reconnu, le tour du barrage de Mauvoisin, via la cabane de Chanrion, nous avait un peu boudé (à moins que ça ne soit l’inverse) depuis quelques années. Rando toujours sympa, mais peut-être trop près de nos bases pour parvenir à nous inciter à l'entreprendre chaque saison, elle est également la seule à m’avoir laissé en rade, avec un vélo cassé, en octobre 2001.
Cette rando est habituellement considérée comme l’apothéose de la saison, la sortie à ne pas manquer, la cerise sur le gâteau en quelque sorte. Ce statut particulier, elle le doit, en premier lieu à sa programmation « tardive », fin août/début septembre, liée à son point culminant, 2'797 mètres, et à la préalable et nécessaire fonte des neiges, à son parcours « royal », pistes et single-tracks d’anthologie, à son environnement grandiose, haut Val de Bagnes puis haut Val d’Aoste, à sa participation souvent inédite et parfois « hétéroclite », à son petit côté « exotique », parce que transfrontalier, et « last but not least », aux inévitables agapes de fin de journée.